André Hamel

André Hamel est une figure de style, un oxymore, disons-le : un vieil auteur de la relève. Ce n’est qu’après avoir enseigné trop longtemps la sociologie dans un cégep et après avoir aussi longtemps tenu le rôle de pédagogue-conseil dans l’industrie aéronautique qu’en 2017 il publiait Mourir d’oubli, un premier roman qui sera suivi, deux ans plus tard, par Le désarroi du vieil Hubert. À ce qu’on lui a dit, l’auteur serait né à Grand-Mère en 1944. C’est là qu’il aurait appris à lire, à écrire et à compter. C’est là qu’aujourd’hui il s’échine à lire, à écrire et à raconter.

Son deuxième roman, Le désarroi du vieil Hubert (Leméac, octobre 2019), est l’histoire d’un homme sans histoire qui vieillit sans le savoir. Un matin, au bonheur de sa marche quotidienne dans les rues de son village, il découvre qu’un vieil ami de toujours est parti vivre en résidence. C’est le choc : sa vie n’aurait-elle été qu’un rêve, qu’une suite de faux départs, d’élans brisés ? La nuit de ce jour-là, entre l’effarement et la grâce, il retrouve un premier amour sous les traits d’une petite vieille manipulatrice, se reconnaît dans l’idiot du village, prend la tête d’une armée de vieillards et finit dans la peau d’un Christophe Colomb de théâtre. Vraiment ? Au matin de cette nuit-là, à la première de ses dernières heures, à l’orée de l’univers connu qu’est son village natal, il redécouvre la lenteur du temps, éprouve une grande paix de l’âme et s’abandonne au giron du monde.

Son premier roman, Mourir d’oubli (Leméac 2017), était un récit fondateur qui avait toutes les apparences d’une histoire vraie dont l’action se déroulait dans des lieux tout du moins très réels : Grand’Mère, Baie-de-Shawinigan, Trois-Rivières et Manseau. Dans Le désarroi du vieil Hubert, l’action se déroule dans le village natal, à Ville-Mère, à Ville-Vieille et à Saint-Juste-d’Auprès, des lieux dont les noms irréels donnent à la vérité du récit l’apparence d’une fable, d’une histoire inventée.

Albert Allibert, le narrateur de Mourir d’oubli, découvrait la précarité de toute chose : tout ce qui est aura été, tout ce qui aura été sera oublié. Dans un effort pour contrer l’inéluctable, appâté par l’éclat du non-dit, il imaginait, pour en faire un récit, les vies des tus et des oubliés de son histoire familiale et rappelait les mythes fondateurs de son pays mauricien.

Hubert Hubert, le narrateur du Désarroi du vieil Hubert, découvre sa propre précarité : son vieillissement et sa mort, son impermanence. Un jour, comprend-il, il ne se rappellera plus avoir été, puisque l’irréversible amnésie, à son terme, est totale. Dans un effort pour apprivoiser la mort, il rapaille, en un ultime récit, un peu de ce qu’il n’a pas été comme pour amadouer ce qu’il ne sera plus. Il ira jusqu’à raconter, l’anticipant avec une grande quiétude, l’histoire de ses temps derniers.

Dans Le désarroi du vieil Hubert, l’auteur de Mourir d’oubli poursuit, par narrateurs interposés et récits enchevêtrés, non seulement son exploration de la langue, de ses rythmes et de ses registres, mais aussi et surtout celles de la précarité de nos existences et de la fugacité de nos mémoires. C’est tout ce qu’il sait faire et c’est toujours le même roman qu’il écrit. Ainsi feraient les vieux auteurs, fussent-ils de la relève.

Bibliographie

La réunion, nouvelle, Radio-Canada, L’Atelier des inédits, C1976
Les violoneux de l’enfer, Prix Clément Marchand, Société des écrivains de la Maurice (2012)
Le parfum, nouvelle, Mœbius, no 137 (mai 2013)
Intercalaire, nouvelle, Mœbius, no 147 (novembre 2015)
Le goût des oursins, nouvelle, Prix Coup de cœur du jury, Société d’étude et de conférences Mauricie–Centre-du-Québec (2016)
Mourir d’oubli, roman, Leméac, août 2017
Une aventure sicilienne, nouvelle, Sabord, no 113, mai 2019
Le désarroi du vieil Hubert, roman, Leméac, octobre 2019

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